Disponible dès maintenant sur YouTube, la émission SIAL Insights s’inscrit dans le programme plus large SIAL Insights, qui offre aux professionnels du secteur des signaux précoces et des analyses stratégiques en amont du SIAL Paris. En un peu moins d’une heure, les intervenants parviennent à ouvrir de nombreuses questions majeures pour les marques et les distributeurs : comment innover lorsque 70 % des lancements échouent encore, comment naviguer dans “l’effet GLP-1”, pourquoi le snacking continue de prospérer, et ce que le vieillissement des populations et la réduction de la taille des foyers impliquent réellement pour les gammes de produits de demain. Pour les professionnels qui préparent leurs prochaines décisions avant l’édition 2026 du salon de l’innovation alimentaire, la vidéo apporte à la fois des points de repère et un appel à repenser plusieurs certitudes bien ancrées.
Les participants incluent Audrey Ashworth, Directrice du SIAL Paris ; Karine Perrot de Kantar ; Xavier Terlet de Protéines XTC ; ainsi que Maria Bertoch et Emily Mayer de Circana, sous la direction du modérateur Jean-Gabriel Mollard. Ensemble, ils croisent données de marché, lectures de long terme des comportements consommateurs et exemples concrets pour cartographier le prochain chapitre de l’industrie agroalimentaire.
Audrey Ashworth ouvre la discussion en soulignant le rôle stratégique croissant de SIAL Insights et de son Livre Blanc annuel, qui rassemble les grandes tendances façonnant l’industrie alimentaire mondiale. Organiser cet échange entre deux éditions du salon, explique-t-elle, permet de prendre du recul, de consolider les études de marché et d’offrir une meilleure visibilité sur l’évolution des attentes des consommateurs.
Elle présente également le manifeste 2026 du salon, articulé autour de la transition, de la durabilité, de la compréhension du marché et de la mise en valeur d’initiatives inspirantes. L’innovation, rappelle-t-elle, fait depuis toujours partie de l’ADN du SIAL Paris, mais la prochaine édition la place plus que jamais au premier plan. Grâce à SIAL Insights, aux conférences d’experts, au Summit et aux nouvelles activations sur site, l’objectif est d’aider les professionnels à comprendre plus vite, décider plus vite et innover plus efficacement dans une démarche visant à rendre l’innovation plus accessible à l’ensemble de l’écosystème.
L’innovation est désormais une condition de survie
Karine Perrot recentre le débat sur une réalité centrale : l’innovation n’est plus une option. Face à des consommateurs toujours plus exigeants, seules les marques réellement distinctives et porteuses de sens peuvent croître. Pourtant, environ 70 % des lancements échouent encore au cours de leur première année. L’une des raisons majeures est que trop d’innovations ne sont que de simples extensions de gamme, qui cannibalisent les produits existants au lieu d’apporter une réelle valeur.
Elle présente la notion de “différence signifiante” développée par Kantar : les marques qui se distinguent clairement, qui s’alignent sur des tendances fortes et qui racontent une histoire cohérente ont beaucoup plus de chances de surpasser leurs concurrents. Pour réduire les risques, elle insiste sur la nécessité d’associer les études de marché traditionnelles à l’intelligence artificielle. Les études permettent d’identifier les besoins non satisfaits et de tester concepts et packagings, tandis que l’IA peut détecter rapidement les signaux émergents et analyser des idées à grande échelle. Les stratégies d’innovation les plus performantes des prochaines années, souligne-t-elle, combineront la rapidité technologique à l’intuition humaine — plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’IA.

Santé fonctionnelle et “compagnons GLP-1”
Xavier Terlet aborde ensuite la santé comme un moteur d’innovation puissant et durable au sein du food sector. Si le bio et le végétal restent solides, il observe un glissement vers la santé fonctionnelle : des aliments pensés pour répondre à des besoins précis, à des étapes de vie ou à des modes de vie particuliers. Cette évolution crée un chevauchement de plus en plus marqué entre les catégories alimentaires traditionnelles et les nutraceutiques, perceptible dans l’essor des gummies façon compléments, des produits laitiers enrichis en protéines, des soupes fonctionnelles ou encore des boissons spécialisées. Les consommateurs attendent désormais de l’alimentation non seulement qu’elle ne nuise pas, mais qu’elle apporte des bénéfices concrets tout en conservant une dimension plaisir.
Il cite la montée fulgurante des traitements GLP-1 comme un exemple emblématique. Initialement utilisés contre le diabète de type 2 et désormais largement adoptés pour la perte de poids, ces médicaments ont incité des fabricants comme Nestlé et Danone à développer des « compagnons GLP-1 » : des produits formulés avec un équilibre nutritionnel adapté pour accompagner les personnes suivant ces traitements. Pour Terlet, cela marque une nouvelle vague d’innovation à la croisée du soin médical, du mode de vie et de l’alimentation du quotidien.
L’un des principaux moteurs d’innovation pour 2026 2027 sera la capacité à offrir santé, plaisir et praticité à des prix accessibles, un défi central pour tout international food industry exhibition.
Snacking, nouveaux usages hors domicile et l’essor du « prêt à consommer » en retail
Maria Bertoch partage les données hors domicile de Circana, en se concentrant sur cinq grands marchés européens. Au cours des cinq dernières années, le déjeuner a perdu deux points de visites hors domicile, soit environ un milliard d’occasions, au profit du petit déjeuner et du snacking de l’après-midi. Le télétravail joue ici un rôle décisif. Avec plus de 40 % des Européens travaillant désormais à distance au moins une partie du temps, les routines ont évolué, rendant plus attractifs les petits déjeuners pris sur le pouce et un snacking plus flexible. Le coût intervient également : un snack coûte en moyenne 4 €, contre 11 € pour un déjeuner classique.
Une partie des consommateurs accepte de payer davantage pour des snacks premium, notamment dans les zones à revenu élevé, lorsque l’offre se différencie clairement, que ce soit par des ingrédients plus gourmands ou des bénéfices fonctionnels comme un apport en protéines.
Bertoch souligne également la progression rapide des options « ready to eat » en retail. Salades, sandwiches, sushis ou onigiri constituent désormais un segment « food to go » solide, représentant environ 6 % des dépenses hors domicile dans les cinq pays étudiés et affichant une croissance deux fois plus rapide que celle du marché global de la restauration.
SIAL Paris y répond en créant, pour 2026, un secteur et un hall entièrement consacrés au snacking, à la convenience et aux concepts « on the go », offrant ainsi aux visiteurs et aux exposants de produits d’épicerie une lecture plus claire de cet univers en pleine expansion des offres prêtes à consommer.
Vieillissement des populations, foyers plus petits et visibilité en magasin
Emilie Mayer recentre la discussion sur les dynamiques démographiques, en soulignant que le vieillissement des populations et la réduction de la taille des foyers dans les grands marchés transforment la demande alimentaire. En France, par exemple, les plus de 65 ans représentent déjà plus d’un cinquième de la population, une part appelée à augmenter fortement.

Ces évolutions influencent aussi bien les habitudes culinaires que les besoins nutritionnels : les consommateurs âgés privilégient des produits naturels et peu transformés, tandis que les plus petits foyers recherchent des formats pratiques, portionnables et au bon prix. Même les moments festifs doivent être repensés pour les personnes qui célèbrent seules ou en très petits groupes.
Ces changements appellent de nouvelles approches en matière de packaging et de communication. Un étiquetage clair, des formats faciles à ouvrir et une lisibilité renforcée sur l’emballage deviennent essentiels, en particulier pour les seniors, qui disposent d’un pouvoir d’achat important tout en restant sous-représentés dans la publicité.
Mayer souligne également que l’exécution en magasin est un facteur décisif. Dans des rayons saturés, de nombreuses innovations passent inaperçues, rendant crucial l’usage d’outils de visibilité comme les expositions multiples, les implantations secondaires, la signalétique en magasin ou un design de packaging distinctif. Le même phénomène se retrouve en ligne, où le retail media et les « end caps » numériques déterminent de plus en plus la visibilité des nouveaux produits.
Des insights pour guider les stratégies futures
La table ronde SIAL Insights offre une feuille de route structurée et riche en données pour les entreprises de l’alimentation et des boissons confrontées à un paysage en pleine mutation. Pour les professionnels du développement produit, du marketing, des achats ou du category management, cette émission constitue un brief clair et concis sur la direction que prend l’innovation et sur les forces qui orienteront les stratégies du secteur dans les années à venir.
Visionnez l’intégralité de l’émission SIAL Insights ici.
