L’industrie agroalimentaire française demeure l’une des plus influentes d’Europe, mais l’environnement des exportations est devenu plus complexe. En 2024, les exportations françaises de produits agricoles et agroalimentaires ont atteint 82,1 milliards d’euros, soit seulement une légère hausse par rapport à l’année précédente, tandis que l’excédent commercial s’est réduit à 4,9 milliards d’euros. L’Union européenne a représenté 58,2 % des exportations, confirmant que les marchés de proximité continuent de dominer les flux commerciaux, même si les entreprises cherchent des opportunités plus lointaines. La France reste également le premier producteur agricole de l’UE, représentant 18 % de la valeur totale de la production.
Ces chiffres soulignent un paradoxe. La France conserve une forte capacité industrielle, une reconnaissance mondiale et un portefeuille de produits diversifié, mais le rythme de croissance des exportations est plus lent que dans certains pays concurrents. L’Italie, par exemple, a gagné en visibilité sur plusieurs marchés internationaux ces dernières années. Pour les producteurs français, l’enjeu n’est donc plus seulement de maintenir une présence à l’étranger, mais de renforcer leur compétitivité et d’accélérer leur développement international.
L’export devient une nécessité structurelle
Pour de nombreuses entreprises agroalimentaires, l’expansion à l’export est de plus en plus liée à la résilience à long terme. La demande intérieure dans les marchés matures s’est stabilisée et la croissance démographique en Europe reste modeste. Se développer à l’international permet aux producteurs de diversifier leurs sources de revenus, d’optimiser leurs capacités industrielles et de répartir les risques sur plusieurs marchés.
L’internationalisation est devenue essentielle pour soutenir la croissance et maintenir la position de la France dans le commerce mondial. La France est actuellement le sixième exportateur mondial de produits agricoles et agroalimentaires, mais la concurrence s’intensifie à mesure que d’autres pays investissent massivement dans le branding, l’innovation et la distribution internationale.

Les événements qui réunissent acheteurs et producteurs internationaux continuent de jouer un rôle important dans ce processus. SIAL Paris reste l’un des plus grands rassemblements de l’industrie alimentaire mondiale, réunissant des milliers d’entreprises et d’acheteurs venus du monde entier. Pour les exportateurs, ces plateformes offrent l’opportunité de tester leurs produits, de développer des réseaux de distribution et d’identifier les nouvelles dynamiques de demande au sein du secteur alimentaire mondial.
Trois entreprises, trois voies vers les marchés internationaux
Des exemples concrets d’exposants de SIAL Paris illustrent la manière dont différents segments de l’industrie agroalimentaire française abordent le développement à l’export.
Fromageries Paul Dischamp, fondée en 1911, est spécialisée dans la production et l’affinage de fromages de la région Auvergne. L’entreprise travaille avec plusieurs fromages sous appellation d’origine protégée, dont le Saint-Nectaire et le Cantal. Ces dernières années, elle a élargi sa présence internationale tout en préservant l’identité traditionnelle de ses produits. Les exportations représentaient environ 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise en 2025, avec une distribution sur cinq continents. Sa stratégie combine un fort ancrage régional et une adaptation aux marchés locaux, notamment à travers des formats d’emballage et des partenariats adaptés à la distribution internationale.
Cette croissance s’est accompagnée de plusieurs reconnaissances. En 2026, l’association de l’industrie agroalimentaire française ANIA et le cabinet de conseil EY ont décerné à Fromageries Paul Dischamp à la fois le Prix du Jury et le Prix de l’Export, soulignant sa capacité à transformer une expertise régionale en réussite commerciale internationale. La trajectoire de l’entreprise illustre comment des produits traditionnels peuvent trouver de nouveaux marchés lorsqu’ils sont soutenus par des stratégies d’export ciblées.
Une approche très différente peut être observée chez Re.Snack, une start-up basée à Dijon opérant dans le secteur de la confiserie. L’entreprise est issue d’une activité événementielle autour de la barbe à papa avant de développer un substitut de sucre breveté et de lancer la marque Nuage.
La dynamique s’est accélérée après le SIAL 2024, où Nuage a été distinguée dans la catégorie épicerie sucrée. La distribution s’est rapidement développée via de grandes enseignes, dont Carrefour, et les volumes de production ont fortement augmenté. La production de l’entreprise est passée d’environ 5 000 paquets par mois avant le salon à près de 70 000 par semaine un an plus tard. Sur la même période, le chiffre d’affaires est passé de 200 000 euros à 2 millions d’euros.
Bien qu’encore à un stade précoce à l’international, Re.Snack a déjà commencé à développer des marchés d’exportation en Belgique et en Suisse. L’entreprise vise à porter la part des ventes internationales à environ 10 % d’ici début 2027, en se concentrant notamment sur les marchés européens voisins comme le Benelux, l’Espagne et l’Italie. Son portefeuille de produits continue de s’élargir, notamment avec du popcorn sans sucre et sans huile, illustrant la manière dont les marques axées sur l’innovation peuvent intégrer des ambitions d’export dès leur création.
Un troisième exemple met en lumière la force des marques patrimoniales lorsqu’elles sont associées à une distribution internationale structurée. Biscuiterie La Mère Poulard a été créée en 1995 comme une extension de la marque historique d’hospitalité du Mont-Saint-Michel, produisant des biscuits tels que des galettes et des cookies.

Avec le temps, l’activité biscuitière est devenue un véritable levier à l’export. En 2025, l’entreprise a généré environ 30 millions d’euros de chiffre d’affaires et exporté ses produits dans plus de 60 pays à travers le monde. La production est basée en Bretagne et certifiée selon des normes internationales de sécurité alimentaire, ce qui permet à l’entreprise d’accéder à un large éventail de marchés mondiaux.
Le succès de la marque reflète l’attrait international durable du patrimoine culinaire français, mais aussi l’importance de l’échelle industrielle et de la logistique. L’héritage, à lui seul, ne garantit pas la performance à l’export. Des réseaux de distribution efficaces, des outils de production modernes et un positionnement de marque clair restent essentiels.
Visibilité et conversion sur le marché mondial
Malgré la croissance du commerce digital et des plateformes de sourcing en ligne, les rassemblements physiques du secteur continuent de jouer un rôle décisif dans le commerce alimentaire international. Les acheteurs soulignent régulièrement la nécessité de goûter les produits, d’évaluer leur qualité et de construire une relation avec les fournisseurs avant de conclure des accords de distribution.

L’édition 2024 de SIAL Paris a accueilli des visiteurs venus de près de 200 pays ainsi que plus de 100 délégations officielles, illustrant la portée mondiale de l’événement. De tels rassemblements concentrent l’écosystème international du commerce alimentaire en un même lieu, créant des opportunités pour les producteurs de rencontrer importateurs, distributeurs et détaillants issus de multiples régions.
Pour les exportateurs français, le défi consiste de plus en plus à transformer la visibilité en croissance commerciale durable. Le pays conserve de solides atouts, notamment des labels de qualité reconnus, une grande diversité de spécialités régionales et une expertise avancée dans la transformation alimentaire. Toutefois, le marché international valorise désormais autant l’agilité que la tradition.
Les expériences de Fromageries Paul Dischamp, Re.Snack et de la Biscuiterie La Mère Poulard montrent que la réussite à l’export peut suivre différentes trajectoires. Les producteurs traditionnels peuvent se développer en adaptant des produits régionaux aux marchés mondiaux, tandis que les entreprises plus jeunes peuvent s’appuyer sur l’innovation et la rapidité pour s’implanter à l’international. Les marques patrimoniales, quant à elles, continuent de bénéficier de la réputation durable de la gastronomie française lorsqu’elles s’appuient sur des réseaux de distribution efficaces.
À mesure que la demande mondiale évolue, ces différentes stratégies devraient façonner la prochaine phase des exportations agroalimentaires françaises. Lorsque le salon professionnel international de l’industrie alimentaire fera son retour en octobre 2026, SIAL Paris réunira une nouvelle fois producteurs, acheteurs et innovateurs venus du monde entier. Pour de nombreuses entreprises, il ne s’agira pas seulement d’une vitrine de produits, mais aussi d’une plateforme stratégique où commence à se dessiner l’avenir des exportations agroalimentaires françaises.
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