ProtéinesXTC, dont l’équipe pluridisciplinaire réunit des agronomes, des spécialistes de la nutrition, des toxicologues, des sociologues, des experts du retail et des professionnels de la communication de crise, s’impose depuis longtemps comme une référence en matière de veille sur l’innovation. À travers ce prisme, Xavier Terlet identifie deux dynamiques majeures qui façonneront les années à venir : la montée de la nutrition ultra personnalisée et l’émergence d’une innovation accessible, centrée sur la valeur, qui cherche à concilier sensibilité au prix et aspiration à la qualité.
Santé ultra personnalisée : l’innovation entre dans une nouvelle phase
L’un des changements les plus importants aujourd’hui, selon Terlet, est l’évolution vers ce qu’il décrit comme des « promesses santé sur mesure ou ultra personnalisées ». La tendance va bien au delà de l’alimentation fonctionnelle traditionnelle et fusionne désormais les frontières entre l’alimentation, la nutraceutique et même la supplémentation médicale.
« Cela se traduit par des offres alimentaires de plus en plus ciblées à toutes les étapes de la vie d’un individu, adaptées à ce qu’il est, à ce qu’il vit et à sa manière d’être », explique-t-il.
Cela signifie des produits conçus pour répondre aux besoins liés à la grossesse, au soutien de l’allaitement, à la ménopause, à la mobilité, au déclin cognitif et à d’autres enjeux associés aux différentes étapes de la vie. Ce positionnement très précis est de plus en plus visible dans tout international food industry exhibition, où les marques présentent des formulations destinées à des besoins nutritionnels très spécifiques.
Mais ce changement n’est pas seulement comportemental. Il est aussi structurel. Comme le souligne Terlet, « les compléments alimentaires prennent la forme de produits alimentaires du quotidien, comme les gummies, les poudres, les boissons, les barres chocolatées et même les soupes ». Cette convergence reflète une évolution plus large de l’industrie de transformation alimentaire, où l’innovation ne se limite plus à de nouveaux parfums ou formats, mais fait de plus en plus appel à des composés bioactifs, des fibres fonctionnelles et des mélanges de protéines conçus pour obtenir des résultats proches d’une approche clinique. C’est un exemple clair de la manière dont l’innovation alimentaire redéfinit progressivement les frontières entre santé et nutrition.
En parallèle, les stratégies de communication évoluent rapidement. « Les marques entrent dans une ère de transparence sociale », explique Terlet, où des sujets autrefois tabous comme les menstruations douloureuses, la santé articulaire ou la fatigue mentale sont désormais reconnus ouvertement et transformés en moteurs d’innovation. Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large observée sur les grands salons alimentaires internationaux, où l’ouverture des consommateurs autour de la santé et de l’identité stimule le développement de nouveaux produits.
L’effet GLP 1 : une nouvelle catégorie d’aliments compagnons
Peu de phénomènes illustrent aussi clairement la convergence entre la science de la nutrition et les comportements alimentaires grand public que l’essor des médicaments GLP 1 comme Ozempic et Wegovy. Initialement prescrits pour le diabète de type 2, ils ont acquis une visibilité mondiale en raison de leur rôle dans la perte de poids.
Terlet met en avant une catégorie en plein essor, celle des « produits compagnons GLP 1 », développés par des entreprises comme Nestlé et Danone. Ces innovations visent à accompagner une perte de poids rapide et significative en proposant des aliments plus riches en protéines, en fibres et en nutriments, adaptés à de plus petites portions pour des consommateurs dont l’appétit diminue. Le maintien de la masse musculaire au cours d’une perte de poids accélérée constitue un enjeu majeur, et les marques conçoivent des formulations pour répondre précisément à ce besoin.
En France, cela soulève des questions importantes : comment les entreprises alimentaires vont elles reformuler les produits du quotidien ? Les produits laitiers français, les boissons innovantes ou les snacks riches en protéines deviendront ils des supports clés de l’innovation adaptée aux utilisateurs de GLP 1 ? Et comment les distributeurs réorganiseront ils les rayons pour accueillir ces nouveaux comportements alimentaires ?
Une valeur accessible : innover sous pression économique
Au delà de la personnalisation, Terlet met en avant un autre changement structurel : l’émergence de ce qu’il appelle une « valeur accessible ». Les cinq dernières années ont contraint les consommateurs à redéfinir ce que signifie un prix abordable. Les répercussions de la pandémie, la guerre en Ukraine, l’inflation et l’instabilité politique ont profondément modifié les choix de dépenses et les niveaux de confiance.
« Le résultat a été une polarisation de l’offre », explique Terlet. D’un côté, des produits premiers prix issus des marques distributeurs. De l’autre, des produits premium, écoresponsables et axés sur la santé, qui semblent devenir de plus en plus inaccessibles.
Cependant, l’innovation réapparaît dans un espace intermédiaire. « Nous voyons émerger une nouvelle offre hybride qui répond aux attentes de tous les consommateurs… tout en restant abordable », précise-t-il. Cela inclut des recettes simplifiées, des emballages optimisés, des produits vendus à l’unité et des formats conçus pour réduire le gaspillage. Les entreprises qui exposent dans l’ensemble du secteur alimentaire, des exposants de produits d’épicerie aux exposants spécialisés dans la viande fraîche, expérimentent des listes d’ingrédients plus courtes et des formats pensés pour des portions raisonnables, afin de réduire le prix final sans compromettre la qualité ou la sécurité.
Le réalisme économique est désormais une stratégie d’innovation à part entière. Comme le souligne Terlet, l’objectif n’est pas d’appauvrir les produits, mais de les repenser intelligemment pour que « la valeur ajoutée de l’innovation… reste accessible au plus grand nombre ».
Distribution sous pression : le sommet alimentaire commence à se fissurer
Derrière tous ces changements se dessine un paysage de distribution en profonde mutation. Les modèles traditionnels de supermarché sont remis en question par les discounters, les formats réinventés du hard discount, les canaux de vente directe et les applications de livraison rapide. Selon McKinsey, les marges de l’épicerie européenne se sont nettement resserrées depuis 2021, poussant les distributeurs à rationaliser leurs assortiments, à exiger davantage d’innovation de la part des fournisseurs et à restructurer les catégories autour de la santé, du prix et de la praticité.
Dans ce contexte, les fournisseurs capables de maîtriser à la fois l’ultra personnalisation et l’innovation accessible auront davantage de chances de se démarquer, en particulier lors d’un grand salon alimentaire international où les distributeurs recherchent les produits qui façonneront les rayons de l’année suivante.
SIAL Paris : l’endroit où ces évolutions deviennent visibles
Des dynamiques telles que la personnalisation nutritionnelle, les aliments compagnons GLP 1, l’innovation guidée par l’accessibilité ou encore la restructuration de la distribution convergent plus rapidement que jamais. Nulle part cela n’est plus visible qu’au SIAL Paris
