La traçabilité alimentaire au premier plan : le Global Food Traceability Center de l’Institute of Food Technologists (IFT) lance un outil open source pour faciliter la conformité et le partage des données.

Le 19 septembre 2025, le Centre a dévoilé le « Traceability Driver », un module open source conçu pour standardiser la manière dont les données de traçabilité sont partagées tout au long de la chaîne de valeur alimentaire. Le Global Food Traceability Center (GFTC), qui fait partie de l’Institute of Food Technologists (IFT), est reconnu pour ses recherches appliquées, ses outils, ses programmes de formation et son accompagnement sur mesure permettant aux organisations de mettre en œuvre une traçabilité de bout en bout, fondée sur les événements et interopérable. Cette annonce intervient à un moment où la transparence et la confiance sont devenues des éléments centraux des systèmes modernes du secteur alimentaire. Avec ce nouveau module, le GFTC franchit une étape importante pour aider les chaînes d’approvisionnement mondiales à parler un langage de données commun.

Pourquoi cet outil est important

La traçabilité ne se limite plus à des points d’arrivée ou à des numéros de lots : elle évolue vers des systèmes numériques de bout en bout où les produits – et leurs intrants – sont suivis depuis leur origine jusqu’à chaque étape de transformation, de distribution et de vente. Comme le rappellent de nombreux observateurs de l’industrie alimentaire, le véritable défi ne consiste pas seulement à collecter des données, mais à garantir que ces données puissent être partagées, de manière interopérable, entre des systèmes hétérogènes.

Le Traceability Driver répond précisément à cet enjeu : en permettant aux systèmes logiciels de traçabilité existants de convertir leurs données dans des formats standardisés, il rend l’interopérabilité possible. Selon le GFTC, le module automatise la conversion des données, intègre une API préconfigurée pour faciliter les échanges et se déploie localement, ce qui permet aux organisations de conserver un contrôle total sur leurs informations.

En réduisant les coûts, le temps et les efforts nécessaires pour respecter les normes de données, le module permet aux entreprises de se concentrer davantage sur leurs activités principales tout en restant alignées sur les exigences internationales.

Les principales caractéristiques du Traceability Driver

Le Traceability Driver propose plusieurs fonctionnalités clés conçues pour simplifier et fiabiliser le partage de données tout au long de la chaîne de valeur alimentaire. En tant que module open source, il peut être installé par toute organisation ou tout fournisseur de logiciels, puis intégré dans des systèmes déjà en place pour permettre un échange standardisé des données de traçabilité. Il automatise la conversion des informations en formats conformes et largement reconnus, ce qui évite des opérations manuelles complexes de réingénierie des données. Une API préconfigurée facilite la connectivité et le transfert d’informations entre partenaires. Comme le module est déployé localement, sur site, les organisations conservent un contrôle total sur leurs données et leur infrastructure, un élément crucial pour la traçabilité, la souveraineté numérique et la confiance. Le système prend également en charge les principaux standards mondiaux, tels que le cadre EPCIS géré par GS1, largement utilisé pour capturer et partager les événements de chaîne d’approvisionnement.

Pilote industriel et premières preuves d’impact

Dans une étude de cas présentée par l’IFT et relayée par la presse spécialisée, l’entreprise agritech Koltiva a intégré le Traceability Driver dans son système dans le cadre du First Mile Aquaculture Capability Test du Global Dialogue on Seafood Traceability (GDST). Avant de mettre en place l’outil, Koltiva devait relever le défi d’aligner ses données sur les normes GDST et EPCIS.

L’installation et la conformité au test de capacité ont pris environ un mois, contre les trois à quatre mois initialement estimés pour développer des API et reformater les données. Selon l’étude de cas, le temps de développement a diminué d’environ 60 %.

Ce déploiement rapide et cette réduction des coûts sont de bon augure pour une adoption plus large, notamment pour les organisations qui ne disposent pas de ressources informatiques importantes ou dont les systèmes n’ont pas été conçus pour l’interopérabilité.

Des implications plus larges pour les chaînes d’approvisionnement

Bien que l’étude de cas concerne le secteur des produits de la mer, le GFTC souligne que le Traceability Driver possède un potentiel bien plus vaste. L’outil est adaptable et évolutif pour d’autres catégories de produits, à condition qu’elles suivent des standards basés sur EPCIS. Cela signifie que des secteurs alimentaires comme les fruits et légumes, les produits laitiers, le bœuf, les aliments transformés ou même les ingrédients peuvent utiliser le même module pour répondre aux exigences de traçabilité, de durabilité et de conformité réglementaire. En comblant le « fossé numérique » entre systèmes, l’outil accompagne la transition des suivis cloisonnés ou papier vers des réseaux de traçabilité numériques et interopérables.

La traçabilité est depuis longtemps une exigence de sécurité alimentaire, mais elle devient de plus en plus un pilier des dispositifs liés à la durabilité, à la légalité et aux approvisionnements éthiques. Des cadres réglementaires tels que la Food Traceability Final Rule (FSMA 204) aux États-Unis, le Règlement européen sur la déforestation (EUDR) et d’autres lois de diligence raisonnable reposent sur des systèmes de traçabilité robustes.

En offrant une passerelle open source et standardisée, le Traceability Driver aide les entreprises à se conformer à ces obligations tout en soutenant une meilleure intégrité des chaînes d’approvisionnement. Comme l’explique Blake Harris, Managing Director du GFTC : « En concevant des réglementations de traçabilité fondées sur des standards mondiaux communs, les gouvernements permettent l’utilisation d’outils open source évolutifs comme le Traceability Driver. Ce type de solution facilite non seulement la conformité pour les entreprises et leurs partenaires technologiques, mais soutient également l’harmonisation avec d’autres réglementations et pratiques sectorielles, renforçant ainsi une traçabilité interopérable et de bout en bout qui consolide l’intégrité des chaînes d’approvisionnement mondiales. »

Ce que cela signifie pour les acteurs de l’industrie alimentaire

Pour les acteurs de l’industrie alimentaire, qu’il s’agisse de producteurs, de transformateurs, de distributeurs, de détaillants ou de fournisseurs de technologies, le lancement du Traceability Driver entraîne plusieurs implications concrètes. Les organisations qui utilisent déjà des systèmes de traçabilité peuvent intégrer le module afin de réduire les coûts de mise en œuvre et d’accélérer l’alignement sur les standards mondiaux. Les acteurs plus modestes, comme les fournisseurs de première transformation, les agriculteurs et les entreprises d’agritech, pourraient y trouver un levier essentiel, car l’outil réduit les obstacles à la traçabilité numérique et au partage des données. Les fournisseurs de technologies peuvent examiner comment le module complète leurs plateformes existantes, tandis que les équipes de chaînes d’approvisionnement peuvent y voir une étape naturelle dans leur feuille de route de transformation numérique, où l’interopérabilité devient indispensable pour atteindre une transparence totale. Les équipes en charge des réglementations et de la durabilité peuvent également considérer la solution comme un pont entre les efforts internes de traçabilité et des exigences externes croissantes de conformité émanant des régulateurs, des clients et des ONG.

John Schaidler - Unsplash

Perspectives : libérer de nouvelles opportunités

À l’avenir, la montée en puissance des modules open source et standardisés ouvre de réelles opportunités pour l’industrie alimentaire, même si certains points de vigilance demeurent. Les organisations devront toujours cartographier leurs données, leurs processus et leurs systèmes internes vers des formats standardisés, en garantissant une gouvernance solide, une bonne qualité de données et une cohérence globale. Cet effort contribue toutefois à renforcer leur infrastructure numérique. Le module apporte le plus de valeur aux entreprises disposant déjà d’un certain niveau de traçabilité numérique, tandis que celles qui s’appuient encore sur des processus papier peuvent y voir un catalyseur pour une transformation digitale plus large. Comme toujours, la traçabilité de bout en bout dépend de chaque maillon de la chaîne, ce qui rend la collaboration sectorielle plus essentielle que jamais. Et à mesure que les attentes dépassent le cadre de la sécurité alimentaire, pour inclure la durabilité, les droits humains, la déforestation ou encore le reporting carbone, l’architecture du système devra rester flexible et prête pour l’avenir.

Malgré ces considérations, le lancement du Traceability Driver marque une avancée concrète pour rendre la traçabilité plus accessible, plus interopérable et plus facilement déployable à l’échelle mondiale.

Pour l’écosystème alimentaire, cela signifie moins de temps et de coûts consacrés aux intégrations sur mesure et au chaos des formats de données, et davantage d’attention portée à la création de valeur : efficacité, confiance, durabilité et conformité. À mesure que les chaînes d’approvisionnement mondiales gagnent en complexité, ce type d’outil devient indispensable plutôt que facultatif.

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