Comment avez-vous accompagné SIAL dans la construction et l'analyse des tendances présentées dans le dernier rapport SIAL Insights ?
Kantar est l'un des trois partenaires experts du cahier SIAL Insights 2026, aux côtés de Circana (distribution et hors domicile) et de ProtéinesXTC (innovation produit). Depuis 2012, nous représentons la voix du consommateur, à travers l'étude Food 360™, dont l'édition 2026 est la 8ᵉ. Elle a été menée dans 10 marchés (France, UK, Allemagne, Espagne, Italie, USA, Chine, Inde, Moyen-Orient, et la zone Indonésie-Malaisie) auprès de 5000 répondants, soit 500 par marché.
Concrètement, nous avons croisé les déclarations des consommateurs sur leurs comportements, attitudes et attentes autour de thématiques comme le plaisir, la santé, la nutrition, la naturalité, le local, la durabilité, le végétal et le digital appliqué à l’alimentation. Nous les avons ensuite confrontées aux tendances d’innovation produit et de distribution portées par les deux autres partenaires. De ce dialogue entre trois expertises sont ressorties 10 tendances clés, structurées autour d’un fil rouge : l’individualisation croissante de l’alimentation.
Les réseaux sociaux jouent-ils aujourd'hui un rôle majeur dans l'émergence des tendances alimentaires ?
Oui, très clairement, et c'est l'une des évolutions marquantes de l'édition 2026.
- 80 % des consommateurs déclarent utiliser au moins un outil digital lié à l’alimentation. En moyenne, dans les marchés étudiés, plus des trois quarts des consommateurs déclarent que le digital influence leurs achats alimentaires ; c’est même de l’ordre de 9 sur 10 en Asie.
- Les réseaux sociaux et plateformes vidéo, comme Instagram, TikTok ou YouTube, sont les outils digitaux les plus utilisés pour s’inspirer, devant les sites et applications de recettes, les plateformes de courses ou de livraison et les assistants IA. Plus d’un consommateur sur 10 déclare déjà s’appuyer sur les recommandations d’influenceurs pour découvrir de nouveaux aliments ou boissons.
- Concrètement, cela signifie que les réseaux sociaux sont devenus le premier point de découverte des innovations alimentaires, avant même le passage en rayon. Les marques établies doivent désormais exister dans les flux d'influence qui précèdent l'achat, pas seulement être visibles en linéaire.
Quelles sont aujourd'hui les principales tendances ou évolutions que vous observez dans le secteur de l'alimentation ?

Food 360™ 2026 et SIAL Insights 2026 mettent en lumière 10 grandes dynamiques, structurées autour de l'individualisation.
- Un secteur où les pratiques et les attentes continuent à se transformer, d’année en année
- L’alimentation est désormais vécue comme un levier d’optimisation personnalisée du corps et de l’esprit, avec une recherche de bénéfices physiques, mais aussi mentaux et émotionnels.
- Le plaisir reste clé, mais un plaisir réinventé, plus sensoriel et assumé
- Le local et l’ailleurs coexistent : les consommateurs privilégient les produits régionaux, tout en s’ouvrant très largement aux cuisines du monde.
- L’engagement durable se poursuit, notamment en faveur de la végétalisation de l’assiette, mais davantage dans une logique de diversification protéique que de substitution stricte aux produits carnés.
Avez-vous des chiffres clés ou des données de marché qui illustrent l'importance ou la dynamique de ce secteur ?
Quelques repères issus directement de Food 360™ 2026 :
- 80 % des consommateurs déclarent avoir changé leurs habitudes alimentaires sur les deux dernières années
- 7/10 considèrent que s'alimenter est un acte civique
- C’est la qualité qui est le premier critère d'achat quasiment partout, devant le prix, les aspects nutritionnels et la sécurité alimentaire.
- Les consommateurs voient d’un œil positif les acteurs de la filière food : plus de 8/10 estiment que des actions ont été entreprises pour améliorer la qualité des produits
- Un secteur cependant durablement touché par l’inflation en France, où 57 % des consommateurs déclarent qu’elle a modifié leurs habitudes d’achat alimentaires, contre 39 % en moyenne mondiale ; d’ailleurs, 60 % des Français déclarent acheter davantage en promotion qu’avant.
- Mais aussi un secteur où l’innovation conserve un fort potentiel : en moyenne, près de 7 consommateurs sur 10 se disent intéressés par le fait de tester de nouveaux produits, malgré l’inflation et l’attrait croissant pour des produits moins transformés.
Peut-on encore parler d'un consommateur « type », ou les comportements alimentaires sont-ils devenus trop fragmentés ?
Le consommateur « type » existe de moins en moins : on assiste à une montée de l’individualisation et à une complexification des attentes.
Cette fragmentation se lit à plusieurs niveaux :
- Fragmentation des motivations : les consommateurs recherchent à la fois ou tour à tour plaisir, santé, engagement, praticité et prix accessible
- Fragmentation géographique : la France, par exemple, reste assez prudente sur les innovations fonctionnelles, tandis que l’Asie est très ouverte aux alternatives protéiques et à la nutrition ciblée.
- Fragmentation des moments de consommation : recul du repas comme rituel fixe, montée du snacking, du prêt-à-consommer et de la personnalisation
- Fragmentation par les attentes santé : santé digestive, énergie/immunité, bien-être mental, longévité, beauté, santé féminine…
Le bon niveau d’analyse n’est donc plus « le consommateur » en général, mais la combinaison entre besoins, occasions et contextes socio-culturels. En innovation, les approches gagnantes se fondent sur une segmentation fine de la demande.

Le rapport montre un consommateur à la fois attentif au prix, à la santé, au plaisir et à l'engagement. Comment expliquer cette complexité croissante ?
Cette « complexité » n’est pas une contradiction, elle traduit un changement de logique : un même consommateur ne hiérarchise plus nécessairement ces dimensions, il les cumule à l’échelle de sa consommation dans son ensemble.
- Le plaisir n'est plus opposé à la santé : les gens aiment se faire plaisir avec certains produits même s'ils savent que ces produits ne sont pas idéaux pour la santé, mais pour nombre d’entre eux, ils consomment aussi des aliments qu'ils jugent réellement bénéfiques.
- La qualité reste la boussole, mais elle doit aller de pair avec un prix accessible, des bénéfices santé, du plaisir et une histoire crédible.
- L'engagement se rapproche de l'assiette : les consommateurs ne veulent plus être culpabilisés, ils veulent que les marques leur facilitent le choix engagé (emballages recyclables, faible impact carbone…).
- Le contexte macro-économique renforce cette combinaison : l'inflation pèse sur les choix, mais elle ne fait pas disparaître les attentes de santé, d'origine ou d'engagement. La valeur ajoutée accessible devient un driver d'innovation.
Comment les données consommateurs, les panels ou l'intelligence artificielle changent-ils la manière d'identifier les tendances ?
- Depuis l’arrivée massive de l’IA, les données sont devenues pléthoriques : on a parfois l’impression que toutes les réponses sont disponibles, mais cette abondance génère aussi une grande confusion. L’enjeu n’est plus seulement de collecter davantage de données, mais de s’assurer qu’elles sont fiables et de mieux les connecter. Chez Kantar, nous combinons des données consommateurs robustes, issues d’études de référence comme Food 360™, des historiques longs permettant de distinguer tendances installées et signaux émergents, et des sources plus récentes liées aux usages digitaux.
- L’intelligence artificielle change aussi la vitesse et la profondeur d’analyse. Elle permet de traiter plus rapidement de grands volumes d’informations, de repérer des motifs récurrents, de faire émerger des signaux faibles et d’accélérer la mise en récit des insights. Mais l’IA ne remplace pas l’expertise humaine ni la qualité des données. Notre approche consiste à associer la puissance de l’IA, des panels, de nos bases de données propriétaires et de l’interprétation des experts Kantar pour produire des insights utiles, actionnables et réellement orientés vers les décisions de croissance des marques.
Si vous deviez adresser un message aux acteurs de l'alimentation qui seront réunis à SIAL Paris, quel serait-il ?
Trois messages sortent naturellement de Food 360™ 2026 :
- La croissance se jouera moins sur la multiplication des promesses que sur leur intégration. Le consommateur attend à la fois du plaisir, de la santé, de la naturalité, de l’engagement et un prix accessible. Les marques gagnantes seront celles qui sauront porter une promesse différenciante, pertinente par rapport aux besoins des consommateurs dans leur catégorie, et une histoire crédible, convaincante et désirable.
- Il faut passer du discours à la preuve. Il existe un certain scepticisme vis-à-vis de la qualité, de la durabilité et de certains labels, qui peuvent perdre en crédibilité. Cela souligne l’importance, pour les marques, d’apporter des preuves visibles sur la qualité produit, par exemple sur le packaging (« sans conservateurs », « 100 % naturel », « sans pesticides »), ou sur la rémunération des producteurs, particulièrement en France.
- Il faut penser mondial et local en même temps. Les marchés d’Asie constituent un fort potentiel de développement, avec des niveaux d’engagement, d’ouverture aux innovations et d’appétit digital très supérieurs à ceux observés en Europe. L’Europe, elle, doit défendre la valeur, l’authenticité et la crédibilité, avec un rôle particulier pour le local, le digital encore sous-exploité et les alternatives végétales bien conçues.
- Enfin, l’IA doit être utilisée comme un levier de discernement, pas comme une fin en soi. Bien exploitée, et adossée à des données fiables comme à une expertise sectorielle solide, elle peut aider les marques à décider plus vite, sans perdre en justesse ni en pertinence consommateur.
Dans un monde où les consommateurs déclarent massivement vouloir évoluer vers une meilleure alimentation, mais peinent souvent à convertir leurs intentions en actes, le rôle des acteurs de la filière est de rendre le mieux manger à la fois désirable, crédible et accessible. Les meilleures solutions de veille, de recherche et d’études permettent alors aux marques de mieux comprendre les attentes réelles, d’identifier les bons territoires d’innovation, de prioriser leurs investissements et de prendre plus rapidement les décisions qui créeront de la valeur pour les consommateurs comme pour leur croissance.
