La COP30 a accordé une attention sans précédent à l'alimentation, à l'agriculture et à la pêche, révélant à la fois les progrès et les lacunes de l'action climatique mondiale. Alors que les pays préparent de nouveaux engagements climatiques, l'industrie alimentaire et les innovateurs qui se préparent pour le SIAL Paris sont désormais confrontés à un moment décisif de transformation.

Alors que la 30e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP30), qui s'est tenue du 10 au 21 novembre 2025 à Belém, au Brésil, touchait à sa fin, la place des systèmes alimentaires dans la politique climatique est devenue l'un des thèmes les plus débattus. Bien que la présidence brésilienne ait axé le sommet sur l'idée du mutirão, une mobilisation collective pour le bien commun, les dernières heures de négociation ont révélé à quel point il reste complexe d'intégrer l'agriculture, la pêche et la production alimentaire dans des engagements climatiques contraignants. Malgré tout, les sessions consacrées à ces thèmes les 19 et 20 novembre ont donné à l'alimentation, à l'agriculture et à la pêche une place plus importante que lors des COP précédentes. Pour l'industrie mondiale de l'alimentation et des boissons, et en particulier pour les entreprises qui se préparent pour le SIAL Paris, les résultats soulignent à quel point l'action climatique et la transformation des systèmes alimentaires sont de plus en plus interdépendantes.

Les journées consacrées aux systèmes alimentaires se sont déroulées dans un climat de grandes attentes. Les discussions sur l'agriculture, les systèmes alimentaires, la sécurité alimentaire, la pêche, l'agriculture familiale, le genre et le tourisme ont mis en évidence l'urgence de placer l'alimentation au centre des réponses climatiques. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a qualifié la COP30 de « moment critique » pour les systèmes agroalimentaires et a réaffirmé qu'ils sont essentiels à la réalisation de l'Accord de Paris tout en protégeant les moyens de subsistance des 1,2 milliard de personnes qui en dépendent. L'analyse de la FAO a également confirmé que, bien que les systèmes agroalimentaires génèrent environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ils restent gravement sous-financés dans les stratégies climatiques, ce qui crée un écart structurel entre les ambitions et la mise en œuvre.

 

Priorités émergentes : émissions, régénération et alimentation aquatique

Les discussions à Belém ont mis en évidence plusieurs thèmes récurrents. La réduction des émissions de méthane est restée une priorité tout au long du volet consacré au système alimentaire, l'élevage, la culture du riz et l'utilisation d'engrais étant régulièrement cités comme des domaines nécessitant des changements technologiques et comportementaux urgents. L'agriculture régénérative et respectueuse de la nature a gagné en visibilité grâce à des coalitions scientifiques telles que le CGIAR, qui ont présenté des preuves en faveur de la transition vers des modèles de production à faible émission de carbone et favorables à la biodiversité. La restauration des terres, qui est déjà une priorité politique au Brésil, a été présentée comme un levier climatique essentiel, en particulier pour les pays où la dégradation des terres agricoles affaiblit à la fois la résilience et la sécurité alimentaire.

Les systèmes alimentaires aquatiques ont également occupé le devant de la scène. La COP30 a organisé un événement consacré aux algues et aux aliments aquatiques en tant que « solutions bleues » pour la résilience climatique, soulignant leur potentiel pour soutenir une production alimentaire à faible impact tout en offrant de nouvelles opportunités pour les économies côtières. Cette insistance indique que les futures stratégies climatiques et alimentaires devraient aller au-delà de l'agriculture terrestre et pourraient intégrer des ingrédients marins alternatifs, des biomatériaux et des pratiques aquacoles innovantes.

Malgré cet élan, la COP30 a mis en évidence un défi persistant : l'agriculture est restée largement absente du texte final négocié. Plusieurs observateurs ont noté que, si les événements parallèles et les briefings thématiques ont donné une grande visibilité aux systèmes alimentaires, le document final officiel ne contenait que des références minimales à l'agriculture et ne mentionnait aucun mécanisme concret pour réduire les émissions agricoles. Des organisations telles que le World Resources Institute (WRI) ont également souligné que le fossé entre les discussions et les engagements politiques reste considérable, ce qui signifie que la mise en œuvre dépendra fortement des cadres nationaux et de la prochaine série de contributions déterminées au niveau national pour 2035.


Implications pour l'industrie alimentaire et pour le SIAL Paris

Le financement est apparu comme un autre thème décisif. La COP30 a réaffirmé que les systèmes agroalimentaires continuent de recevoir un financement insuffisant pour lutter contre le changement climatique, malgré leur rôle central dans l'atténuation et l'adaptation. Les rapports publiés pendant la conférence ont souligné que sans investissements significatifs et ciblés, les pays auront du mal à opérer une transformation significative. Certaines annonces philanthropiques et public-privé, notamment de nouveaux engagements en faveur de l'agriculture régénérative et de l'adaptation climatique des petits exploitants, ont tenté de combler ce fossé, mais elles restent loin de l'échelle requise. Parallèlement, la dimension d'équité s'est renforcée tout au long du sommet : le leadership des femmes, l'agriculture familiale et l'inclusion des producteurs à faibles revenus ont été cités à plusieurs reprises comme conditions indispensables à toute transition crédible du système alimentaire.

Pour les secteurs mondiaux de l'industrie alimentaire, les implications de la COP30 sont considérables. La visibilité croissante des systèmes alimentaires dans le discours sur le climat témoigne d'une attente grandissante vis-à-vis des entreprises, qui doivent cartographier et gérer leur empreinte environnementale avec beaucoup plus de précision, du méthane agricole au changement d'affectation des terres en passant par les pratiques aquacoles. Les stratégies d'innovation doivent désormais s'aligner sur des modèles régénératifs et positifs pour la nature, tandis que l'approvisionnement diversifié en ingrédients, des aliments pour animaux à faibles émissions aux solutions à base d'algues, devrait gagner en importance.

Même en l'absence d'un texte négocié solide, de nombreux pays se préparent à intégrer davantage les systèmes alimentaires dans leur politique climatique à travers le prochain cycle des contributions déterminées au niveau national (CDN), et les entreprises doivent se préparer à des environnements réglementaires qui évolueront en conséquence.

Cette évolution est particulièrement pertinente pour le SIAL Paris. En tant que l'un des principaux salons mondiaux consacrés à l'innovation alimentaire, le SIAL rassemble les fabricants, les détaillants, les fournisseurs d'ingrédients et les start-ups qui façonneront la prochaine décennie des systèmes alimentaires. Les signaux envoyés par Belém suggèrent que la durabilité, l'équité et la résilience climatique influenceront de plus en plus le développement des produits, les modèles d'approvisionnement, les partenariats d'investissement et la communication. Les exposants qui explorent les ingrédients régénératifs, les aliments aquatiques, les nouvelles sources de protéines, les technologies de transformation à faible impact ou les systèmes de chaîne d'approvisionnement transparents se trouveront en phase avec l'orientation donnée par la COP30. Dans le même temps, les déficits de financement identifiés lors du sommet indiquent que les entreprises présentées au SIAL, en particulier celles qui innovent dans les domaines de l'adaptation, de la santé des sols, de la restauration ou de la réduction des émissions, pourraient être bien placées pour saisir les nouvelles opportunités de financement climatique.

La COP30 a souligné que les systèmes alimentaires ne sont plus facultatifs dans l'action climatique. Ils en sont au contraire un élément central, tant sur le plan stratégique, économique que social. Pour les leaders du secteur qui se préparent au SIAL Paris, le message est tout aussi clair : la transformation des systèmes alimentaires devient un impératif tant climatique qu'économique.