Selon le dernier rapport de Business France, les exportations agroalimentaires mondiales ont atteint près de 2 000 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 3 % sur un an malgré un contexte géopolitique et climatique incertain. Pour la France, une croissance modeste de 1 % masque toutefois d’importantes évolutions structurelles. Si l’Europe reste le marché d’ancrage, de nouvelles opportunités émergent en Amérique du Nord et dans certains pays émergents.
De la reprise à la stabilisation
Après le rebond inflationniste de 2022 et une année de correction en 2023, 2024 a marqué une phase d’accalmie relative pour le commerce agroalimentaire international. Dans son dernier rapport analytique, Business France, l’agence publique qui accompagne les entreprises françaises dans leur développement international, propose une analyse approfondie de ces évolutions. Le livre blanc, élaboré en partenariat avec et soutenu financièrement par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, vise à offrir une lecture claire et accessible des forces mondiales qui influencent la demande et la position concurrentielle des filières agroalimentaires françaises. S’appuyant sur les informations de marché issues du réseau mondial de Business France, le rapport souligne une progression de 3 % de la valeur des exportations mondiales, reflet d’une stabilisation des prix et d’une confiance renouvelée chez les exportateurs qui évoluent dans une food processing industry de plus en plus concurrentielle et dans un food sector en pleine restructuration.
L’Union européenne continue de dominer, représentant 38 % des exportations mondiales et comptant six États membres parmi les dix premiers exportateurs mondiaux. Au sein de l’UE, la France conserve une solide quatrième place avec 82 milliards d’euros d’exportations agroalimentaires en 2024, même si sa croissance reste inférieure à celle de l’Italie et de l’Espagne. Les Pays-Bas sont montés à la deuxième place mondiale, devant les États-Unis et l’Allemagne, tandis que le Brésil et le Canada ont enregistré des reculs.
Pour la France, l’Union européenne absorbe 70 % des exportations, mais d’autres marchés reviennent au premier plan : les États-Unis ont progressé de 6 %, confirmant leur rôle de moteur de croissance, tandis que la Chine a poursuivi son recul (baisse de 20 %) en raison d’une diminution des importations de céréales et de cognac, une tendance déjà visible lors des grandes international food industry exhibitions.
Europe : un refuge stable et stratégique
Dans un contexte mondial instable, l’Europe s’est imposée comme le principal pôle d’exportation pour les producteurs français. Le continent a représenté près de 47 milliards d’euros d’exportations agroalimentaires françaises en 2024, soit une hausse de 1,3 %. L’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et l’Italie demeurent les partenaires majeurs du pays, absorbant à eux quatre presque la moitié des exportations totales.
Bien que le commerce intra-européen se soit renforcé, le Royaume-Uni conserve son statut de premier partenaire non européen de la France. Il absorbe 23 % des exportations européennes vers les pays tiers, suivi des États-Unis avec 13 % et de la Chine avec 12 %. Au sein de l’Union européenne, les secteurs qui soutiennent la croissance des exportations sont les produits laitiers avec une hausse de 5 %, les produits céréaliers et de boulangerie avec une hausse de 4 %, et la viande avec une hausse de 2 %. Ces performances compensent la baisse enregistrée dans la catégorie des boissons alcoolisées qui recule de 5 %.
Amérique du Nord : un moteur essentiel de la croissance
De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis et le Canada représentent ensemble 8,3 % des exportations agroalimentaires françaises, pour un total de 6,9 milliards d’euros en 2024. La demande américaine pour les vins, les produits laitiers et les produits de boulangerie français reste soutenue, tandis que les aliments transformés à forte valeur ajoutée comme les céréales ou les produits à base de fruits enregistrent des progressions à deux chiffres.
L’analyse de Business France souligne que les États-Unis ont dépassé la Chine et sont désormais le premier importateur mondial de produits agroalimentaires, avec des importations en hausse de 9 % en 2024. Malgré le risque de barrières commerciales, les exportateurs français bénéficient d’une forte reconnaissance de leurs marques et d’un environnement de taux de change favorable. Le Canada, pour sa part, maintient une croissance régulière avec une hausse de 4,3 %, soutenue par l’accord CETA et par une demande accrue de produits transformés haut de gamme.
Asie : contrastes et réalignements
La situation en Asie est plus contrastée. La région de la Grande Chine reste sous pression, avec des exportations françaises qui tombent à 3,5 milliards d’euros, soit une baisse de 17 %. Les tensions commerciales, les enquêtes antidumping concernant le porc et le cognac, ainsi qu’une consommation affaiblie ont fortement pesé sur les résultats.
Ailleurs dans la région, certaines zones offrent toutefois de nouvelles perspectives. L’Asie du Sud-Est et l’Océanie représentent 3,4 % des exportations françaises et atteignent 2,7 milliards d’euros en 2024. Singapour et l’Australie demeurent des partenaires clés, tandis que la Thaïlande enregistre une hausse remarquable de 30 % des importations en provenance de la France. En Asie du Sud, la croissance reste limitée avec une baisse de 3,3 %, mais le Bangladesh se distingue avec une progression de 30 % des importations agroalimentaires françaises.
Le Japon et la Corée du Sud restent aussi des marchés stables pour les produits français haut de gamme comme les fromages, les pâtisseries et le vin, confirmant l’intérêt de la région pour la qualité plutôt que pour le volume.
Afrique et Moyen-Orient : dynamique contrastée
Les marchés africains continuent d’offrir des opportunités sélectives. Le Maghreb a absorbé 1,7 milliard d’euros en 2024, en hausse de 0,7 %, porté par le Maroc avec une hausse de 1,9 % et la Libye avec une hausse de 15 %. À l’inverse, l’Afrique subsaharienne connaît un léger recul de 3,7 %, avec des exportations françaises qui atteignent 2,5 milliards d’euros, essentiellement dans les produits laitiers et les céréales. La Côte d’Ivoire avec une hausse de 6,7 % et le Sénégal avec une hausse de 16,7 % demeurent des destinations importantes pour les produits français.
Le Moyen-Orient, avec un total de 2,4 milliards d’euros d’exportations et une hausse de 7,9 %, s’impose comme l’une des régions les plus dynamiques. Les Émirats arabes unis mènent la progression avec une hausse de 15 %, suivis de l’Arabie saoudite avec une hausse de 12 % et de l’Égypte avec une hausse de 8 %. La Turquie se stabilise après une hausse exceptionnelle l’année précédente. La demande en produits de boulangerie, en produits laitiers et en spiritueux place les entreprises françaises en position favorable dans cette région orientée vers les produits premium.
Analyse par secteur : les domaines où l’expertise française se démarque
L’édition 2026 met en avant la diversité des points forts à l’exportation pour la France :
- Produits laitiers : 9,2 milliards d’euros exportés avec une hausse de 2,5 %, la France occupant la quatrième place mondiale. La croissance est portée par le fromage et les poudres protéinées, notamment vers l’Espagne, la Belgique et la Corée du Sud.
- Boulangerie, viennoiserie, pâtisserie : 3,7 milliards d’euros exportés avec une hausse de 5,5 %, la France tenant la troisième place mondiale. L’Europe reste la base, mais les États-Unis et le Moyen-Orient sont en forte progression.
- Épicerie et produits transformés : 7,9 milliards d’euros exportés avec une hausse de 3 %, dominés par le café, le chocolat et les condiments. Fort potentiel aux États-Unis, au Japon et en Pologne.
- Viande : 4,9 milliards d’euros exportés avec une hausse de 3,1 %, avec un rebond des exportations de volaille grâce à un meilleur contrôle de la grippe aviaire. L’Allemagne, l’Italie et la Belgique concentrent plus de la moitié des ventes.
- Céréales : 6,8 milliards d’euros, résultat stable malgré une faible récolte et des prix mondiaux en baisse. Les principaux moteurs de croissance sont la Chine, le Mexique et l’Afrique de l’Ouest.
- Boissons alcoolisées : premier segment d’exportation de la France avec 16,8 milliards d’euros malgré une baisse de 4 %. Les États-Unis restent le premier marché pour les vins et spiritueux, tandis que l’Asie ralentit.
- Ensemble, ces secteurs montrent un passage progressif du volume vers la valeur, confirmant l’avantage français en matière de qualité, de traçabilité et de construction de marque.
Stratégie d’exportation pour 2026 : ciblée, adaptable et résiliente
Le rapport conclut que la prochaine phase de croissance des exportations agroalimentaires françaises dépendra de la capacité d’adaptation des entreprises. La hausse des coûts, la volatilité climatique et les politiques protectionnistes exigent de diversifier et de moderniser les approches.
Business France identifie plusieurs leviers : investir dans les segments à forte valeur ajoutée comme les protéines laitières, les alternatives végétales et les produits de boulangerie premium, renforcer les partenariats locaux et utiliser les plateformes numériques, notamment la plateforme e-Export de Business France, pour accroître la visibilité à l’international.
L’Europe restera la base, mais les perspectives s’étendent bien au-delà, depuis l’appétit de l’Amérique du Nord pour les produits premium jusqu’à la montée des classes moyennes en Asie et au dynamisme démographique en Afrique.
Comme l’écrit Philippe Marrec, directeur du département Info-Conseil de Business France, dans son introduction : « Les entreprises françaises doivent identifier des opportunités de niche et promouvoir la qualité et la diversité de leur expertise. L’objectif n’est pas seulement d’exporter davantage, mais d’exporter mieux. »
