Cet article s’appuie sur les enseignements d’une table ronde organisée lors des derniers SIAL Talks en octobre 2024, au cours de laquelle des experts du secteur ont abordé les principaux défis et opportunités liés à l’emploi dans l’agroalimentaire. Pour découvrir l’intégralité des échanges, rendez-vous sur : SIAL Talks 2024.
L’agroalimentaire : un pilier économique confronté à des enjeux de main-d’œuvre
L’industrie alimentaire est l’un des principaux secteurs économiques, en particulier en France où elle constitue le premier secteur industriel du pays. Avec plus de 510 000 salariés, elle est majoritairement composée de petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent environ 98 % de l’emploi total. Pourtant, malgré son importance, l’image du secteur reste un défi. Des études montrent que seuls 46 % des Français ont une perception positive des entreprises agroalimentaires, révélant un décalage entre la réalité et l’image perçue.
Ce problème d’image s’explique par plusieurs facteurs :
- Des sites peu accessibles : en raison de règles strictes d’hygiène et de sécurité, de nombreux sites de production ne sont pas ouverts au public.
- Des conditions de travail perçues comme difficiles : le secteur est souvent associé à des environnements froids, des machines bruyantes et des tâches physiques exigeantes.
- Un manque de visibilité : beaucoup ignorent la diversité des métiers dans l’agroalimentaire, notamment dans les domaines de la technologie, du marketing, de la logistique ou encore de la durabilité.
Réduire l’écart de talents : innover dans le recrutement et la formation
Dans un contexte de concurrence accrue pour attirer les talents, les entreprises agroalimentaires doivent adopter de nouvelles stratégies. Loïc Hénaff (PDG de HENAFF), acteur clé du secteur, illustre ces approches innovantes :
- Journées portes ouvertes et visites virtuelles : de nombreuses entreprises misent sur les visites d’usines, physiques ou virtuelles, pour mieux faire connaître leurs métiers.
- Recrutement sur le terrain : Hénaff a mis en place des sessions de recrutement en format speed-dating sur les marchés, permettant de toucher des profils qui ne se seraient pas spontanément tournés vers le secteur.
- Parcours d’intégration structuré : chez Hénaff, 98 % des nouveaux collaborateurs suivent un programme de formation facilitant leur intégration.
Par ailleurs, les entreprises investissent dans des outils numériques tels que la réalité augmentée (AR) et la réalité virtuelle (VR), rendant la formation plus interactive et attractive pour les jeunes générations.
Défis démographiques et fidélisation des talents
Au-delà du recrutement, le secteur doit relever le défi de la fidélisation. Les projections démographiques sur les 25 prochaines années annoncent une baisse de la population active, rendant essentiel le maintien des talents expérimentés tout en intégrant de nouveaux profils.
- Adapter les postes aux seniors : avec 20 à 30 % des salariés du secteur partant à la retraite d’ici 2030, les entreprises doivent repenser les postes, notamment via des aménagements du temps de travail et la transmission des compétences.
- Développer les parcours professionnels : proposer formations, mentorat et mobilité interne permet de fidéliser les collaborateurs sur le long terme.
- Renforcer la marque employeur : une culture d’entreprise forte et un travail porteur de sens sont essentiels pour attirer et retenir les talents.
Une perspective européenne : innovation, compétences et mobilité
Les défis français se retrouvent à l’échelle européenne. 99 % des entreprises agroalimentaires sont des PME, dont beaucoup manquent de culture de l’innovation et peinent à moderniser leurs pratiques de recrutement et de formation.
EIT Food, organisation européenne dédiée à la transformation du système alimentaire, souligne l’importance de l’innovation ouverte et de la collaboration entre entreprises, start-ups et centres de recherche. Parmi les tendances clés :
- Des systèmes alimentaires durables : la transition vers l’agriculture durable et les alternatives végétales crée de nouveaux besoins en sciences alimentaires, technologies et environnement.
- Transformation digitale et IA : l’intelligence artificielle transforme la supply chain, la sécurité alimentaire et l’automatisation, générant une demande accrue pour des profils digitaux.
- Mobilité européenne : le développement de programmes de type Erasmus et d’initiatives transfrontalières pourrait élargir le vivier de talents.
Anticiper l’avenir de l’emploi dans l’agroalimentaire
Pour rester compétitif et durable, le secteur doit adopter une stratégie à long terme centrée sur le capital humain. Les entreprises doivent :
- Anticiper les besoins en compétences afin d’adapter les formations en conséquence.
- Renforcer les partenariats avec les universités et les écoles pour aligner les cursus avec les besoins du secteur.
- Exploiter l’IA et la data pour améliorer le recrutement, la fidélisation et la performance.
- Valoriser le rôle du secteur dans la sécurité alimentaire et la durabilité afin d’attirer des profils engagés.

L’emploi dans l’agroalimentaire reste solide, avec des métiers traditionnels de transformation alimentaire offrant stabilité et perspectives d’évolution professionnelle.
Façonner l’avenir de l’emploi dans l’agroalimentaire
L’agroalimentaire se trouve à un moment charnière. En misant sur l’innovation en matière de recrutement, en favorisant la mobilité des talents et en investissant dans le développement des compétences à long terme, le secteur peut attirer et fidéliser les meilleurs profils. Relever les défis démographiques, s’adapter aux transformations liées à l’intelligence artificielle et améliorer l’image du secteur seront déterminants pour assurer son avenir.
À mesure que la production alimentaire évolue, les femmes et les hommes qui la font vivre doivent évoluer eux aussi. Garantir une main-d’œuvre qualifiée, engagée et tournée vers l’avenir n’est pas seulement une nécessité économique : c’est un impératif stratégique pour la réussite du secteur dans les années à venir.
