Comment Circana a accompagné SIAL dans la construction et l’analyse des tendances présentées dans le rapport SIAL Insights ?
Chez Circana, nous avons contribué à cette édition du SIAL Insights en apportant une vision fondée sur les données réelles de consommation : sorties caisses, comportements shoppers, panels consommateurs en grande distribution et en restauration hors domicile. L'objectif était de distinguer les effets conjoncturels des transformations de fond.
Ce travail permet d'observer non seulement ce que les consommateurs déclarent vouloir, mais surtout ce qu'ils achètent réellement.
Ce qui ressort de manière très nette aujourd'hui, c'est que l'alimentation entre dans une nouvelle phase : plus personnalisée, plus fonctionnelle et plus exigeante, tout en restant fortement contrainte par le pouvoir d'achat.
Selon vous, quelles sont les grandes évolutions qui transforment aujourd’hui les attentes alimentaires des consommateurs ?
Nous observons trois grandes attentes qui structurent désormais les décisions d'achat.
La première est la santé. Les consommateurs recherchent de plus en plus des bénéfices précis : énergie, satiété, santé digestive, immunité, bien-être mental ou encore qualité du sommeil.
La deuxième est la praticité. Les rythmes de vie évoluent et les occasions de consommation se multiplient. Le consommateur veut des solutions simples, rapides et adaptées à son quotidien.
La troisième reste le plaisir. Malgré les contraintes économiques, les consommateurs du monde entier continuent à vouloir se faire plaisir, découvrir de nouvelles saveurs et vivre des expériences alimentaires.
La grande nouveauté est que ces attentes ne s'opposent plus. Le consommateur n'accepte plus du choisir entre santé, plaisir et prix : il attend les trois à la fois.
Quelles sont aujourd’hui les principales tendances que vous observez dans les rayons alimentaires ?
L'une des tendances les plus marquantes est l'essor de l'alimentation fonctionnelle. Le produit n'est plus seulement acheté pour son goût ou son prix mais pour le bénéfice qu'il apporte : protéines, fibres, énergie, récupération, santé digestive ou encore bien-être mental.
Nous observons également une forte progression du snacking repas. Les consommateurs ne remplacent pas totalement les repas traditionnels, mais ils recherchent davantage de flexibilité dans leurs moments de consommation.
Autre évolution importante : le végétal entre dans une nouvelle phase. Nous passons progressivement d'une logique de substitution à une logique de diversification alimentaire. Le végétal séduit davantage lorsqu'il apporte du goût, de la praticité et une réponse à des attentes nutritionnelles concrètes.
Enfin, le marché des boissons est en pleine recomposition. Les boissons énergétiques, fonctionnelles ou sans alcool progressent fortement tandis que certaines catégories plus traditionnelles perdent du terrain.
Demain, les catégories qui gagneront seront celles qui apporteront un bénéfice clair et facilement compréhensible pour le consommateur.
Comment les acteurs peuvent-ils concilier santé, plaisir et accessibilité prix ?
C'est probablement l'un des plus grands défis du commerce alimentaire aujourd'hui.
Nos données montrent que les consommateurs restent attentifs à leur budget mais qu'ils ne sont pas prêts pour autant à renoncer à leurs exigences. Ils restent également capables de payer un peu plus cher pour un produit qui va être en total affinité avec leurs attentes, un produit dont le bénéfice est fortement tangible.
La valeur ajoutée apportée doit donc être très visible, concrète, immédiatement compréhensible : un bénéfice nutritionnel, une composition qualitative, une origine rassurante ou davantage de praticité. Le premium peut avoir un prix, mais celui-ci ne doit pas être excessif, tout est affaire d’équilibre.
Les produits qui réussissent sont souvent ceux qui rendent l'innovation accessible (ce qui n’est pas synonyme de bon marché) plutôt que ceux qui la réservent à une clientèle premium.
On le voit par exemple avec certaines offres riches en protéines, les produits végétaux du quotidien ou encore certaines marques de distributeurs qui démocratisent des tendances auparavant réservées à des marchés de niche. C’est possible !
La croissance se joue aujourd'hui sur la capacité à délivrer un bénéfice clair au bon niveau de prix.
Comment les distributeurs peuvent-ils mieux valoriser les producteurs locaux et les savoir-faire régionaux ?
Le local reste un repère extrêmement fort pour les consommateurs.
Dans un environnement parfois complexe, l'origine constitue un marqueur de confiance, de qualité et de proximité. Plus de six Français sur dix déclarent privilégier les produits fabriqués en France ou dans leur région.
Mais valoriser le local ne consiste plus seulement à afficher un drapeau sur un emballage. Les consommateurs veulent connaître l'histoire du produit, comprendre son origine et identifier les femmes et les hommes qui le fabriquent.
Le local est devenu un véritable créateur de valeur lorsqu'il est associé à une promesse de qualité et d'authenticité.
Demain, le local ne sera pas seulement une provenance. Ce sera une preuve.
Si vous deviez retenir une tendance qui pourrait profondément transformer l’alimentation dans les prochaines années, laquelle serait-elle ?
Je citerais l'alimentation fonctionnelle.
Pendant longtemps, nous avons acheté des aliments principalement pour nous nourrir ou nous faire plaisir. De plus en plus, nous les choisissons aussi pour l'effet qu'ils peuvent avoir sur notre santé, notre énergie, notre récupération ou notre bien-être.
La vague protéinée en est aujourd'hui l'exemple le plus visible, mais nous voyons déjà émerger d'autres territoires comme les fibres, la santé digestive, l'immunité ou encore les produits conçus pour accompagner certaines étapes de vie.
L'enjeu dépasse largement la simple innovation produit. Il s'agit d'un changement profond dans la manière dont les consommateurs définissent la valeur alimentaire.
L'alimentation de demain ne sera plus seulement bonne à manger. Elle devra aussi être utile.
