Pouvez-vous partager quelques-unes des principales tendances que Circana anticipe pour le secteur agroalimentaire en 2026 ?
Les évolutions sociétales constituent une source d’inspiration majeure pour l’industrie alimentaire. La consommation se personnalise et s’individualise de plus en plus, ce qui oblige les acteurs à proposer des produits ciblés et adaptés. Cette tendance se traduit par des recettes variées, des formats diversifiés et des solutions répondant à des régimes alimentaires spécifiques, dont le nombre ne cesse de croître.
Parallèlement, l’évolution des modes de vie, marquée par une urbanisation accrue et un rythme quotidien plus rapide, renforce la demande de praticité et de gain de temps. Les solutions de snacking, les repas prêts à l’emploi et les produits nomades faciles à cuisiner connaissent un essor considérable.
La santé, qu’elle soit physique ou mentale, représente un autre axe d’attentes particulièrement fort. La crise sanitaire a accentué la préoccupation pour la santé, et l’alimentation devient un levier pour la préserver, par exemple en réduisant la consommation d’alcool ou en privilégiant les produits riches en protéines. Mais prendre soin de soi ne se limite pas au corps : les consommateurs recherchent également des produits plaisir pour se réconforter.
Enfin, nos sociétés toujours plus multiculturelles, décloisonnées par les réseaux sociaux, font émerger une appétence très forte pour les produits du monde. Les répertoires culinaires se renouvellent, se diversifient et s’enrichissent, traduisant une appétence croissante pour la découverte et l’ouverture.
Dans votre intervention sur SIAL Insights, vous avez souligné l’importance de nourrir une population en pleine mutation (par exemple, vieillissement des consommateurs, ménages solos, etc.). En quoi ces évolutions modifient-elles les attentes en matière de praticité et d’accessibilité ? Quelles innovations ces changements inspirent-ils ?
Les évolutions démographiques sont effectivement un autre groupe d’évolution dont il faut absolument tenir compte pour construire le futur du secteur alimentaire.
Le vieillissement de la population et la réduction de la taille des ménages imposent des adaptations majeures et ouvrent un vaste champ d’innovation. Les produits doivent répondre aux problématiques liées à l’âge, telles que le renforcement de l’immunité, la prévention des maladies chroniques, la santé intestinale, la réduction du sel, la naturalité et l’apport en protéines. Les textures doivent également être repensées pour s’adapter aux besoins spécifiques.
Pour les foyers de petite taille ou les consommateurs solos, il est nécessaire d’imaginer des produits multi-usages, des formats permettant de célébrer seul des occasions comme Pâques ou Noël, ainsi que des solutions accessibles en prix, compte tenu de la pression exercée par le logement sur le budget. Les emballages représentent un autre levier d’innovation : portions plus petites, produits fractionnables, emballages refermables, conservables et lisibles. Enfin, la communication doit évoluer pour mieux s’adresser aux seniors, une cible qui se sent encore trop peu représentée dans la publicité.
Vous avez également évoqué la visibilité comme facteur clé de réussite pour les lancements de produits alimentaires innovants. Pourriez-vous développer ? En quoi la stratégie de merchandising devient-elle un élément décisif ?
Faire émerger l’innovation parmi les milliers de références proposées en magasin est un enjeu clé. Tout aussi formidable que soit l’innovation, si elle n’est pas visible dans les rayons des magasins, elle ne sera pas achetée et l’histoire ne commencera jamais avec le consommateur. Or, 14 % des shoppers déclarent avoir remarqué une innovation pourtant présente en rayon. La visibilité est le premier vecteur de découverte, avant la publicité, les réseaux sociaux ou le bouche-à-oreille.
Il existe 5 grands leviers pour travailler cette visibilité si précieuse. Le premier, c’est la multiplication des facings afin d’interpeller un shopper exposé à des centaines, voire des milliers de références pendant son parcours de courses. Sortir le produit de son rayon classique en l’exposant en tête de gondole est un autre moyen, très efficace, pour créer la rencontre avec le consommateur.
Utiliser du matériel de visibilité (mobilier, stop rayon, balisage) pour créer une rupture visuelle dans le rayon et capter l’attention peut s’avérer très efficace. Bien choisir son rayon d’implantation est également clé : dans quel rayon positionner le produit ? Parvenir à implanter son produit dans un rayon à fort trafic ou proche d’un rayon à fort trafic assurera une bien meilleure visibilité à la nouveauté. Enfin, l’emballage est absolument fondamental pour faire émerger l’innovation au sein du rayon car 7 shoppers sur 10 la repèrent grâce à son emballage.
Comment les marques de distributeur évoluent-elles dans l’industrie alimentaire ? Auriez-vous quelques exemples concrets à partager ?
Les marques de distributeur constituent pour les enseignes un formidable levier de différenciation et de création de préférence. Pour renforcer leur attractivité, elles innovent en lançant des produits sans équivalent en marques nationales, en répondant aux tendances fortes comme la montée en puissance des protéines, en valorisant des matières premières inédites et en adoptant des emballages modernes et identitaires. Parmi les enseignes les plus innovantes, on peut citer Coop, Tesco, M&S, Mercadona, Rewe ou encore PicNic aux Pays-Bas. En France, les lignes commencent à bouger pour que les MDD ne soient plus une simple copie moins chère de la marque nationale, mais elles ne représentent encore que 26 % des innovations quand elles pèsent près de la moitié des volumes alimentaires. Il reste donc des efforts à accomplir.
Circana est partenaire de SIAL Paris. Pourquoi est-il important de partager des tendances avec le secteur tout au long de l’année (et entre deux éditions du salon) ?
Les évolutions s’accélèrent, notamment sous l’effet de l’intelligence artificielle qui réduit les délais de création et modifie rapidement les goûts des consommateurs. Suivre les tendances en continu permet de distinguer ce qui s’inscrit dans la durée de ce qui n’est qu’éphémère.
