Selon vous, pourquoi est-il pertinent que SIAL Paris consacre un parcours thématique dédié à la nutrition senior cette année ?
Le vieillissement de la population est un fait avéré, non seulement en France, mais aussi dans le monde.
Selon l'INSEE, en France, les plus de 65 ans sont presque aussi nombreux (22,2 % de la population) que les moins de 20 ans (22,5 %) et ce vieillissement de la population devrait s'accélérer à partir de 2030, porté à la fois par l'allongement de la durée de vie et par la baisse de la natalité.
Selon l'ONU, en 2050, les plus de 65 ans seront 2 fois plus nombreux que les enfants de moins de 5 ans et dépasseront le nombre des 15-24 ans !

Il est donc particulièrement pertinent pour le SIAL de dédier un parcours spécifique à l'alimentation de cette population aux besoins nutritionnels particuliers.
Quelles sont, aujourd'hui, les principales tendances ou évolutions que vous observez dans ce secteur ?
Depuis la Covid-19, nous observons 2 changements majeurs en termes de santé. D'abord, les consommateurs sont passés d'une approche curative (j'attends d'être malade pour me soigner) à une approche proactive (je fais en sorte de ne pas tomber malade) de leur santé. Par ailleurs, les consommateurs qui étaient plutôt dans une lutte contre le vieillissement (anti-âge), sont désormais dans le « bien vieillir ». Ils ont admis que le vieillissement était inéluctable, et plutôt que de vivre le plus longtemps possible, ils souhaitent vieillir en bonne santé. Cette tendance touche même les jeunes générations (Gen Z, Millenials) qui ont compris l'importance de prendre soin de leur santé pour vieillir en bonne santé.
Dans cette grande tendance qu'est le bien vieillir, on note des préoccupations autour de la mobilité (articulations, muscles, santé des os, …), des fonctions cognitives (mémoire, focus, stress, …), du sommeil, de la nutricosmétique, la digestion et l'immunité, la santé des femmes (ménopause), etc…
Dans ce contexte, la nutrition, et plus généralement, l'alimentation a un grand rôle à jouer.
Avez-vous des chiffres clés ou des données de marché qui illustrent l'importance ou la dynamique de ce secteur ?
Selon Innova Market Insights, 73 % des consommateurs dans le monde considèrent le « healthy aging » comme extrêmement/très important (Gen Z 61 %, Millenials 73 %, Gen X 77 % et Boomers 81 %). En outre, 21 % des consommateurs dans le monde achètent des aliments ou des boissons pour vieillir en bonne santé.
Pour les Boomers, conserver la mobilité est l'aspect le plus important du bien vieillir (38 %) et donc la santé des os et des articulations (46 %). Pour la Gen Z, c'est la prévention des maladies (28 %) et donc l'immunité (24 %).
Quels sont les principaux besoins nutritionnels spécifiques des personnes âgées ?
Les Seniors représentent une population assez hétérogène, car on parle de personnes entre 60 et 100 ans et plus ! Or, il est difficile de s'appuyer sur les termes jeunes ou vieux seniors, car on a connu des centenaires en meilleure santé que des sexagénaires !
Le fait d'être chez soi ou en institution change également la donne, mais globalement, dans les pays industrialisés, les seniors sont les seuls à avoir besoin de plus de protéines pour éviter la sarcopénie (perte de masse musculaire liée à l'âge). Ils ont également besoin de plus de calcium et de vitamine D pour le fixer, surtout les femmes qui sont plus à risque d'ostéoporose.
En vieillissant, on a moins d'appétit et on oublie de s'hydrater. Il est donc important que les produits alimentaires aient une densité nutritionnelle plus importante (plus de nutriments par calorie) et que l'offre produits inclue des boissons.
Quelles innovations marquent ce secteur actuellement ?
En Europe et en Amérique du Nord, les produits qui se développent ciblant plus une pathologie (mémoire, articulation, rides, vitalité, …), qu'une cible particulière. En Asie au contraire, être un senior n'est pas honteux et les produits affichent clairement leur cible (senior, 55+, …).
Dans les deux cas, les innovations sont très axées santé (enrichie en nutriments), mais aussi goût et texture, car en vieillissant, il est plus difficile de mâcher et les papilles gustatives disparaissent. Les seniors sont également plus sensibles aux produits traditionnels, à la qualité des ingrédients, à leur provenance. Les produits laitiers, les plats cuisinés, mais aussi les produits de BVP et les boissons sont concernés par les innovations.
En outre, beaucoup de produits ciblent le « Healthy aging » en prônant une approche préventive plutôt que curative. Ces produits s'adressent à des cibles plus jeunes.
Comment le vieillissement démographique va-t-il, selon vous, transformer l'offre alimentaire dans les prochaines années ?
Les seniors sont sur-informés en nutrition au regard du reste de la population. Ils consacrent également plus de budget à leur alimentation. Si comme pour l'ensemble de la population le plaisir reste un des moteurs de leur consommation, ils sont plus attentifs au degré de transformation des produits, à leur composition, à leur origine.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ils ne cuisinent pas forcément plus, surtout s'ils vivent seuls, et sont, par exemple, les plus gros consommateurs de plats cuisinés préparés.
La nutrition devrait être mise plus en avant dans les années qui viennent, notamment pour les sexagénaires qui souhaitent vieillir en bonne santé.
Les seniors en institution n'ont pas d'influence sur la qualité de leur repas, toutefois cela n'empêche pas l'innovation avec des produits ciblant des pathologies particulières comme des bouchées à manger à la main pour les patients atteints d'Alzheimer.
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Matt Bennett
