Face à une population mondiale en croissance et à des attentes toujours plus fortes en matière de nutrition, comment l’industrie alimentaire peut-elle concilier innovation et santé ?
Telle était la question centrale abordée lors de la table ronde du 22 octobre 2024, organisée dans le cadre des Ciel Talks à SIAL Paris. Animée par Nathalie Hutter-Lardo, fondatrice et CEO d’Évidence Santé, cette discussion a réuni plusieurs acteurs majeurs du secteur : Anne-Gaëlle Lanic (Directrice générale de Lactalis Nestlé France), Carole Galissant (Directrice Transition alimentaire et Nutrition chez Sodexo), Claire Chambrier (Responsable du développement scientifique et pédagogique chez Aprifel) et Freddy Tiburce (CEO de Manger du Sens). Ensemble, ils ont partagé leurs initiatives et leurs stratégies pour répondre aux nouveaux défis alimentaires.
L’évolution des attentes des consommateurs
Aujourd’hui, les consommateurs accordent une importance croissante à la santé dans leurs choix alimentaires. « La santé est désormais le troisième critère de sélection après le goût et l’accessibilité, et son importance ne cesse de progresser », souligne Nathalie Hutter-Lardo. Un enjeu majeur demeure toutefois : l’accessibilité. « 55 % des consommateurs estiment ne pas pouvoir se permettre une alimentation de qualité », poursuit-elle.
Face à cette demande croissante, les industriels repensent leurs stratégies. Chez Lactalis Nestlé, Anne-Gaëlle Lanic explique que leur approche repose sur une « amélioration continue » des produits : réduction des additifs, simplification des recettes et diminution du sucre. Elle cite l’exemple de Nesquik, qui contient désormais 30 % de sucre en moins qu’il y a trois ans. Mais pour que ces évolutions soient acceptées, elles doivent être introduites progressivement. « Si nous avions retiré 30 % de sucre d’un seul coup, nous aurions perdu toutes nos ventes », explique-t-elle.
Innover pour une alimentation plus saine
L’innovation est au cœur des stratégies des grands groupes comme des start-up. Carole Galissant, chez Sodexo, insiste sur la nécessité de s’adapter aux différents publics : « Nous devons répondre aux besoins spécifiques des enfants, des seniors, des patients hospitalisés, etc. Nos recettes et nos menus doivent être repensés en permanence ». La restauration collective joue aussi un rôle clé dans la sensibilisation. « Nous ne devons pas seulement améliorer la qualité de nos produits, mais aussi aider nos clients à mieux manger », ajoute-t-elle.
De son côté, Freddy Tiburce, à travers sa plateforme Manger du Sens, observe l’émergence de solutions innovantes portées par les start-up. Selon lui, « la santé est devenue un facteur clé dans le développement de nouveaux produits. Un tiers des start-up en compétition pour les Lauriers de la Transition Alimentaire en 2024 portaient une promesse santé ». Parmi les tendances actuelles figurent la fermentation, l’exploitation du microbiote, ainsi que l’hybridation entre algues et légumineuses.
L’éducation nutritionnelle, un enjeu clé
L’accès à une alimentation saine ne peut se faire sans une éducation adaptée. Claire Chambrier (Aprifel) rappelle que l’éducation nutritionnelle seule « ne suffit pas à changer les comportements ». Elle souligne l’importance d’un ensemble d’actions combinées : exposition répétée aux produits, implication des parents et, surtout, apprentissage par la pratique. « Plus les enfants sont exposés aux fruits et légumes, plus ils ont de chances de les apprécier et d’en consommer », explique-t-elle.
L’éducation alimentaire ne concerne pas uniquement les plus jeunes. Sodexo travaille également avec des entreprises comme Mercedes pour sensibiliser leurs salariés, notamment après la pandémie de Covid-19, qui a entraîné une hausse du surpoids. « Nous organisons même des ateliers nutrition le week-end pour aider les familles à rééquilibrer leur alimentation », précise Carole Galissant.
Si l’innovation et l’éducation sont essentielles, il faut aussi penser l’alimentation de demain dans une logique durable. Comme le souligne Freddy Tiburce, « la transition vers une alimentation plus saine passe aussi par des produits durables et l’émergence de nouvelles pratiques agricoles ». La végétalisation de nos assiettes et le développement de filières régénératives s’imposent progressivement comme des tendances de fond.
Nathalie Hutter-Lardo a conclu la table ronde en rappelant que, pour réussir cette transition, les entreprises doivent adopter une approche globale, s’appuyer sur des expertises internes et externes et surtout s’inscrire dans le temps long. « On ne peut pas faire de l’alimentation saine un simple argument marketing. Il faut une véritable transformation, impliquant tous les niveaux de l’entreprise ».
Source image : SIAL Paris
