Au SIAL Paris 2026, les parcours thématiques aideront les visiteurs à s’orienter parmi les grandes évolutions qui transforment le secteur agroalimentaire. Sophie de Reynal, directrice marketing chez NutriMarketing et l’une des expertes ayant participé à l’élaboration de ces parcours, explore le rôle stratégique que les ingrédients et les produits alimentaires intermédiaires peuvent jouer dans l’innovation de demain.
Publié le 27 août 2026 à 8:02 | Modifié le 27 août 2026 à 8:46

Comment repérer, parmi la richesse de l’offre de SIAL Paris, les innovations et tendances les plus pertinentes pour son activité ? Pour l’édition 2026, les parcours thématiques ont été conçus afin d’aider les visiteurs à explorer le salon à travers plusieurs grands enjeux du marché, avec une sélection élaborée aux côtés d’experts de l’agroalimentaire.

Portrait d'une femme souriante aux cheveux blonds courts et lunettes noires, devant une grande fougère verte

Parmi eux, Sophie de Reynal, directrice Marketing de NutriMarketing, a participé à la construction des parcours consacrés aux Enfants, aux Seniors et aux produits alimentaires intermédiaires (PAI). Spécialisée dans la veille de l’innovation, elle analyse aussi bien les nouveaux ingrédients et produits que les attentes des consommateurs, les évolutions scientifiques ou réglementaires et les mouvements qui redessinent le secteur.

Dans cet entretien, elle se penche plus particulièrement sur les PAI, souvent moins visibles que les produits finis mais situés au tout début de la chaîne d’innovation. Clean label, protéines, alternatives végétales, upcycling, personnalisation ou encore intelligence artificielle : autant de tendances qui montrent comment les ingrédients d’aujourd’hui préparent déjà les produits alimentaires de demain.

Selon vous, pourquoi est-il pertinent que SIAL Paris consacre un parcours thématique dédié aux produits alimentaires intermédiaires cette année ?

Bien que reconnu comme le plus grand salon alimentaire de produits finis, SIAL Paris est également l’un des plus grands salons alimentaires de produits alimentaires intermédiaires (PAI). En effet, l’exposant qui propose de l’huile d’olive en bouteille d’un litre, la propose également en 10, 100 ou 1000 l pour les industriels, idem pour les fromages, la sauce tomate, le sucre, le sel, …

Or, chez NutriMarketing, notre leitmotiv est « l’ingrédient nouveau d’aujourd’hui fera le produit nouveau de demain ».

En effet, les PAI sont très en amont de l’innovation, très réactifs face aux nouvelles tendances consommateurs. Le prix du cacao et de la pistache explose ? Des substituts plus économiques et plus durables arrivent sur le marché. Le marché des œufs est sous tension ? Les alternatives végétales se multiplient…

 

Quelles sont les principales tendances actuelles en matière d'ingrédients et de PAI ?

Les PAI anticipent les tendances, les changements de réglementation et les fluctuations du marché pour être force de proposition pour leurs clients. Parmi les grandes tendances, on note les alternatives végétales, le clean label (moins d’ingrédients artificiels ou ultra-transformés), la réduction de sucres, de sel et dans une moindre mesure de gras, le boom des protéines (animales, végétales, levure, fermentation, …).

Enfin, les ingrédients issus de l’upcycling sont très en vogue, car ils permettent de faire d’un déchet un gain tout en préservant la planète.

 

Avez-vous des chiffres clés ou des données de marché qui montrent l’importance stratégique des PAI dans l’industrie agroalimentaire ?

Il est très difficile de trouver des données de marché fiables concernant les ingrédients et les PAI car, si l’on prend l’exemple de la farine, il faudrait séparer les volumes vendus en B2C de ceux vendus à l’industrie et ceux pour tous les moulins… idem pour les épices, elles peuvent être vendues directement aux consommateurs ou à un industriel qui les utilisera pour sa sauce tomate dont une partie ira en B2C et l’autre en B2B, etc…

Alors certaines sociétés d’étude se risquent à évaluer le marché. Ainsi, selon Fortune Business, la taille du marché mondial des ingrédients alimentaires était évaluée à 286,65 Mds $ en 2025. Le marché devrait passer de 302,56 Mds $ en 2026 à 487,51 Mds $ d’ici 2034, avec un TCAC de 6,14 % au cours de la période de prévision. Mais on ne sait pas très bien comment sont construits ces chiffres. En revanche, la mise en place de filières d’approvisionnement se multiplie, tant pour sécuriser ses appro, que pour se conformer aux demandes en termes de RSE (produits locaux, durables ou avec des certifications environnementales).

Tas de farine avec des épis de blé et une cuillère en bois sur une surface rustique

Comment les PAI permettent-ils aux industriels de gagner en rapidité, en régularité et en sécurité dans le développement de nouveaux produits ?

Il y a 30 ans, les commerciaux PAI proposaient le même catalogue de produits standardisés à tous leurs clients. Aujourd’hui, les PAI co-créent les formules avec leurs clients en proposant des ingrédients personnalisés, adaptés aux contraintes réglementaires, techniques, économiques et éthiques de leurs clients.

 

Quelles contraintes réglementaires ou techniques pèsent le plus sur le développement de nouveaux ingrédients aujourd'hui ?

En Europe, la réglementation Novel Food est la plus contraignante pour l’industrie alimentaire en général, et les PAI en particulier. Elle stipule que tout aliment qui n’a pas été consommé de façon régulière avant 1997 doit apporter la preuve de son innocuité. Le Novel food concerne des aliments consommés ailleurs sur la planète (ex : la pulpe de Baobab ou les insectes ont dû faire la démarche Novel food), mais aussi les nouvelles technologies. On parle beaucoup de la viande in-vitro (ou viande de laboratoire) qui a été mise au point en premier par une entreprise néerlandaise, mais qui n’est toujours pas autorisée en Europe pour des questions de Novel food. Cet ingrédient est en revanche autorisé à Singapour, aux USA, en Israël, au Royaume-Uni (mais que pour le pet food), …. Idem pour la fermentation de précision, alors que nous avons des entreprises pionnières dans le domaine, la réglementation européenne restreint l’utilisation des ingrédients qui en sont issus.

 

La montée des débats sur les aliments ultra-transformés oblige-t-elle les fournisseurs de PAI à repenser leur discours marketing ?

Les fournisseurs des PAI proposent des solutions pour tous les industriels qui souhaitent réduire le degré de transformation et la liste des ingrédients de leurs produits. Reste que les formulations ultra-transformées sont souvent moins chères que leurs alternatives plus naturelles. Les industriels (et les consommateurs) sont-ils prêts à en payer le prix ?

 

Selon vous, à quoi ressemblera le PAI de demain : plus naturel, plus fonctionnel, plus local, plus technologique, plus durable ?

Le PAI de demain sera encore plus personnalisé qu’il ne l’est aujourd’hui et ce grâce à l’IA qui commence à être très répandue dans ce secteur. Par exemple, si un industriel recherche une protéine pour une alternative végétale, l’IA pourra instantanément l’orienter vers les 2 ou 3 fournisseurs les plus adaptés à sa formulation, idem pour les souches probiotiques, les peptides, les substituts d’œuf, …

Par ailleurs, les ingrédients issus de la fermentation de précision offriront de nouvelles opportunités de marché.